Rapport d'information sur le tourisme de montagne et les enjeux du changement climatique - les éléments clés

Date de l'article 18.03.2022
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Chapeau de l'article Fin févier 2022, Laurence Gayte et Marie-Noëlle Battislel ont remis leur rapport sur le tourisme de montagne et les enjeux du changement climatique à l’Assemblée nationale. Nous l’avons lu pour vous, en voici une synthèse.
Corps de l'article Laurence Gayte, députée des Pyrénées-Orientales et Marie-Nöelle Battistel, députée de l’Isère ont cherché, à travers ce rapport, à apporter des éléments de réflexion et des propositions concernant l’adaptation du tourisme de montagne face aux changements climatiques et les nouvelles stratégies touristiques à développer. Retour sur quelques éléments clés.

Le changement climatique en montagne, une réalité actuelle

Le changement climatique a dès à présent des impact sur l’environnement de montagne et les activités humaines qui en découlent. Ces conséquences sont particulièrement visibles en montagne: baisse et irrégularité de l’enneigement, risque de sécheresse, érosion des sols, coulées de boue, fonte du pergélisol. Ces évènements climatiques ont un impact fort sur les activités humaines:
  • impact sur l’activité ski
  • déclenchement de conflit d’usage, notamment concernant la gestion de la ressource en eau
  • impact sur le pastoralisme: temps de montée en alpage décalés,
  • impact sur les équipements de montagne (à cause de la fonte du pergélisol) : gare de remontées mécaniques, pylônes, refuge (on peut notamment citer l’exemple du refuge de la Pilatte en Oisans, fermé car en train de se fissurer à cause de la fonte du glacier)
  • dégradation du réseau routier.

Le rapport attire notre attention sur la réalité immédiate du changement climatique et l’accentuation des conséquences dans les années à venir. Il reprend notamment le rapport spécial sur l’océan et la cryospgère du GIEC de 2019, qui lie le sort de la montagne à la celui de la cryospgère: «Il est projeté que les atouts touristiques, récréatifs et culturels des régions de haute montagne seront affectés négativement par les changement à venir dans la cryosphère (degré de confiance élevé).» La connaissance (et la prise de conscience) des enjeux du changement climatique est donc indispensable pour poser les bases d’une future stratégie d’adaptation du tourisme de montagne. L’appui sur des initiatives locales et des «laboratoires à ciel ouvert» semble également nécessaire (programme Refuges sentinelles, dispositif Alpages Sentinelles).

Tourisme en montagne et ski

Le tourisme de montagne est une composante forte de l’économie touristique française. Au sein même de cette économie de montagne, le ski a une place bien à part (l’activité ski représente 82% du chiffre d’affaire de la montagne), la fermeture des remontées mécaniques pendant l’hiver 2020-2021 l’a d’ailleurs montré. Comme évoqué plus haut, le changement climatique a un impact direct et actuel sur cette pratique et amène le questionnement sur l’avenir des domaines skiables et les stratégies à développement. Le rapport invite les stations à réaliser des diagnostics de situations de prespectives d’enneigement (outils ClimSnow ) pour définir des stratégies adaptées et personnalisées. Ce dernier point semble clé: chaque station a ses propres particularités et les modèles développés doivent être particulièrement ciblés aux problématiques identifiées en amont.
L’exemple de la transition de Métabief est pris, station qui a enclenché une série d’action, en vue d’anticiper progressivement la fin de l’activité ski, tout en la sécurisant pour l’instant (en rénovant les équipements par exemple). Nous le voyons, il serait trop binaire de penser «tout ski» ou «sans ski» et c’est bien un travail et une réflexion d’ajustement et de perspectives qui doit être mise en place.

Repenser l’activité touristique face à ces changements

Ces évolutions climatiques, incitent à repenser le tourisme et l’accueil de visiteurs en montagne. L’attractivité de ces territoires a également été renforcé par le contexte Covid et la recherche de «grands espaces». Par ailleurs, de nouvelles dynamiques autour du tourisme sont en cours : slow-tourisme, tourisme des savoirs-faire, éco-tourisme, agro-tourisme. Ces pratiques touristiques plus soucieuses de l’environnement amènent de nouvelles attentes : renouer avec la nature, développement du thermalisme, valorisation des terroirs et savoirs-faire de montagne.

La diversification et la «désaisonnalisation» de l’offre touristique sont deux clés pour rendre le tourisme plus durable et moins dépendant de la neige. Il paraît notamment important de travailler la temporalité de l’activité touristique en veillant à allonger les saisons d’été et d’hiver, voire en pensant le «4 saisons». Plusieurs pistes et remarques émanent du rapport:
  • développer le tourisme en harmonie avec les territoires et les habitants pour créer un équilibre
  • soutenir le tourisme social, faciliter l’accès et l’éducation à la montagne pour les jeunes générations (classes découvertes..)
  • proposer des offres de services adéquates, notamment concernant le logement et la mobilité (voir plus bas)
  • veiller à ne pas sur-équiper la montagne et réfléchir à une complémentarité des offres entre des territoires proches (coopération entre acteurs)
  • concilier offre sportive et offre non sportive, s’appuyer sur les patrimoines disponibles : culture, terroir, grands sites naturels
A noter que la moyenne montagne s’est déjà saisie de ces politiques de diversification de l’activité, probablement en lien avec les conditions d’enneigement, même si des initiatives existent également en haute montagne.

La diversification de l’activité en montagne n’est pas sans conséquence pour l’écosystème et la biodiversité des massifs. La surfréquentation (vécus par certains territoires durant l’été 2021) entraîne des conséquences négatives, sur l’environnement, les habitants, voire l’expérience touristique elle-même). Des outils et solutions adaptées peuvent être mis en place:
  • outils de gestion et de comptabilisation de la fréquentation
  • restriction d’accès si nécessaire
  • travail de sensibilisation et d’information à destination des visiteurs et des pratiquants d’activités sportives ayant un impact sur la faune et la flore. (le rapport suggère le recrutement de médiateurs sur les zones particulièrement fréquentées).

A noter que dès 1985, la loi Montagne recherchait ce fameux équilibre entre développement et protection de la montagne.

Mobilité et logement des visiteurs

Le rapport fait état de la place de la question de la mobilité et du logement dans l’évolution du tourisme en montagne.
Concernant le logement, les rapporteurs souligne la nécessité de réhabiliter un immobilier de loisirs vieillissant et parfois peu adapté aux nouvelles attentes, voire d’assurer une montée en gamme de cet hébergement touristique (notamment dans les Pyrénées).
La mobilité est elle-aussi au centre du débat, notamment concernant l’accès aux vallées de façon décarbonée. Le rapport suggère l’amélioration de la desserte ferroviaire des zones de montagne: développement et rénovations des trains de nuit, assurer le trajet sans changement de train. Le développement des ascenseurs valléens peut également être une réponse, mais le CEREMA souligne le coût de ces solutions et la plus-value de mutualiser l’usage touristique et l’usage quotidien pour ce genre d’initiatives).

Travailleurs saisonniers et pluriactifs, au cœur de l’évolution du tourisme

Le rapport fait état de la place des travailleurs saisonniers et pluriactifs sur les enjeux liés aux évolutions à venir et suggère plusieurs propositions.
Si le renouvellement de la demande en terme d’offre touristique amène une attractivité et un développement de certains métiers, il ne faut cependant pas perdre de vue que la problématique de l’emploi et du statut des travailleurs saisonniers est récurrente. Si l’automne 2021 a été particulièrement marqué par des difficultés de recrutement dans certains secteurs en amont de la saison, la question de l’attractivité du «statut» de saisonnier/pluriactif se pose depuis longtemps. C’est d’ailleurs les points que l’ADRETS a soulevé dans l'analyse des points d’accueil 2022.
La reconnaissance d’un statut de pluriactif, via une réglementation spécifique, est un enjeu réel, même si les rapporteures soulignent la difficulté de trouver un dispositif satisfaisant et adapté à chaque situation. L’enjeu serait de consolider et «déprécariser» la situation des pluriactifs. En ce sens, elles suggèrent la création d’une mission d’information parlementaire sur la revalorisation du statut de pluriactif, afin d’élaborer des préconisations ciblés (proposition N°20). Pour avoir un éclairage sur la situation des travailleurs saisonniers, et notamment l'impact de la crise Covid 19, vous pouvez consulter notre note d'éclairage sur les impacts de la crise sanitaire exceptionnelle du Covid-19 sur la situation des travailleurs saisonniers et sur la gestion des besoins sur le massif alpin.
Les nouveaux besoins de la clientèle font également apparaître des besoins de compétences et de polyvalences pour les pluriactifs de montagne. A ce stade, il n’existe pas de données consolidées concernant l’emploi et les compétences pour l’ensemble des activités liées à la montagne, chaque donnée étant diluée dans des silos (branches professionnelles, statut, fédérations..), peu adaptés à l’essence même des pluriactifs : la poly-compétences et la polyvalence des métiers. La proposition N°2 suggère la mise en place, dans chaque massif, d’un observatoire de l’emploi (nature, données relatives à la pluriactivité et à la saisonnalité). Les commissariats de massifs pourraient soutenir cette initiative.
Bien que le statut de saisonnier/pluriactif soit plutôt un choix (le rapport de cite notamment l’étude menée par l’ADRETS, Tremplin saison, que vous pouvez retrouver ici), cette diversité d’activités nécessite une adaptation constante des compétences. Notre étude Tremplin saison soulignait d’ailleurs que de nombreux saisonniers exerçaient une activité qui n’était pas en lien avec leur domaine d’étude initial. L’adaptation aux nouveau métiers et activités (digitalisation, communication) est un enjeu clé pour les travailleurs saisonniers et pour les territoires de montagne. Les rapporteures ont rencontré l’AFRAT, organisme de formation basé dans le Vercors qui souligne le lien entre développement des compétences, activité tout au long de l’année et installation durable sur un territoire à faible densité de population. Le déploiement du Passeport Compétences montagne par l’AFRAT vise à favoriser l’acquisition de différentes compétences pour justement sécuriser une activité tout au long de l’année . Cette action sera d’ailleurs prochainement présenté lors d’un visio saison organisé par l’ADRETS. La proposition N°22 va en ce sens, en proposant de favoriser le développement de passerelles entre les différentes formations préparant aux métiers du tourisme et de la montagne.
Un travail de communication et de promotion des métiers de la montagne semble un incontournable (c’est d’ailleurs un des enjeux du Plan Destination France).

Le rapport souligne la présence sur certains territoires de maison des saisonniers, qui visent à accueillir et accompagner les travailleurs saisonniers dans leurs démarches. Les stations ou lieux d’activité touristiques étant souvent éloignés des zones urbaines, la présence de ces espaces sont de véritables relais d’informations. A noter que le plan «Destination» de novembre 2021, plan de reconquête et de transformation du tourisme du gouvernement indique le déploiement de « guichets d’accueil et d’orientation des saisonniers dans les territoires touristiques » (Axe 1 – mesure 2). Les rapporteurs indiquent également souhaiter le développement de ces points d’accueil et services aux saisonniers.
Les propositions qui émanent du rapport concernant la sécurisation des emplois et situations des travailleurs saisonniers et pluriactifs font écho à la note de l'ADRETS rédigé en 2020 à destination du Ministère du Travail, pour éclairer les enjeux de pluriactivité des travailleurs saisonniers et avancer 5 propositions en faveur de la sécurisation des emplois saisonniers et pluriactifs

Logement :
Les habitants des massifs, travailleurs saisonniers locaux ou météores, subissent des problématiques d’accès au logement, au regard de la prédominance d’hébergement touristique.
La difficulté à avoir accès à un logement (décent) est une problématique récurrente pour les travailleurs saisonniers. Le rapport souligne que l’article 47 de la loi Montagne II prévoit le conventionnement pour le logement des travailleurs saisonnier entre l’État et chaque commune classée comme touristique et que cette disposition législative est censée faciliter l’accès à de tels logements.
Par ailleurs, les rapporteurs invitent à développer les initiatives déjà existantes (résidence sociale, habitat intergénérationnel) à l’échelle des stations. En ce sens, l’ADRETS a organisé une visio saison autour du logement des saisonniers, que vous pouvez visionné ici. Par ailleurs, l’ADRETS a mené un projet en partenariat avec Soliha concernant le logement des travailleurs saisonniers dans les Hautes-Alpes, dont vous pouvez retrouver le diagnostic ici. Enfin, vous pouvez également consulté le guide rédigé par l'ADRETS à destination des collectivités concernant le logement des saisonniers.

Mobilité :
Outre la mobilité des visiteurs, il s’agit également de réfléchir à une offre de transport concernant les mouvements vallées-stations pour les travailleurs saisonniers, avec notamment une adéquation avec les horaires de travail.

Une transition entre coopération et individualisation

Le rapport souligne l’existance de plusieurs instances, institutionnels et associatives permettant de faciliter les échanges entre les acteurs et les différentes parties prenantes. La création d’un poste de coordinateur interministériel chargé de la relance du tourisme et du tourisme en montagne (Jean-yves GOUTTEBEL) a notamment pour objet à favoriser la coopération entre les acteur du territoire.
Le rapport note également l’initiative des États Généraux de la transition du tourisme de montagne, qui se sont tenus le 23 et 24 septembre 2021, dans le cadre de la Présidence française de la SUERA et invite à renouveler l’initiative pour poursuivre le dialogue autour de ce sujet complexe, en veillant à la prise en compte des points de vue de chacun. Dans le cadre des Etats Généraux, l'ADRET a animé une conférence et rédigé une note https://adrets-asso.fr/wakka.php?wiki=NouveauxModelesTouristiquesNouvellesActivi. Le plan Avenir Montagne semble également un levier pour accompagner les territoires dans la diversification de l’offre et accélerer la transition. (Plus d’infos sur le plan avenir montagne ici) Enfin, les rapporteures insistent sur la particularité de chaque territoire et le danger de vouloir imposer un modèle unique qui serait « voué à l’échec ». L’approche individuelle, au cas par cas, semble incontournable pour proposer des stratégies différenciées pour chaque territoire. Pour faciliter cette mise en place, il est suggéré de recenser les initiatives réussies, avec notamment un moteur de recherche qui permettrait de refléter la diversité des territoires et donc de faciliter l’essaimage et l’adaptation de solutions déjà testées

En conclusion, nous retiendrons que le rapport porte des propositions ambitieuses, dont plusieurs font écho aux travaux menés par l’ADRETS depuis plusieurs années. Un travail de coopération entre acteurs de terrain, associations et institutionnels apparaît comme un des premiers leviers à actionner, afin d’envisager un nouveau modèle du tourisme en montagne.