"Repenser les services dans nos campagnes" - Zoom sur le webinaire proposé par l'Association Nationale des Nouvelles Ruralités

Date de l'article 17.03.2022
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Chapeau de l'article L’Adrets a suivi le webinaire préparatoire du 16 mars 2022 proposée par l’Association Nationale des Nouvelles ruralités sur le thème «Ruralisons l’Europe – Repenser les services dans nos campagnes». En attendant le replay, quelques éléments clés à retenir.
Corps de l'article Le webinaire proposé le 16 mars 2022 par l’Association Nationale des Nouvelles ruralités autour du thème «Repenser les services dans nos campagnes» avait pour ambition d’apporter des témoignages d’experts, de chercheurs, d’élus et d’acteurs de terrain concernant les attentes, besoins et évolutions des services aux publics dans nos campagnes. Tour d’horizon des points abordés.

En introduction, Patrice Joly, sénateur de la Nièvre et président de l’Association Nationale Nouvelles Ruralités, n’a pas manqué de rappeler que cette initiative s’inscrivait notamment dans le cadre de la présidence française actuelle de l’Union Européenne, avec l’objectif de porté la ruralité dans le débat européen et d’élaborer un agenda rural.

Dans un second temps, Pierre Bauby, géographe et auteur de l’Européanisation des services publics, a souligné la forte diversité des services publics en Europe, services qui sont toujours restés dans le champ de compétences de chaque état. Néanmoins, le protocole N°9 annexé au traité de Lisbonne reprend cette notion de service public – service d’intérêt général, avec trois valeurs communes aux membres de l’UE :
  • rôle essentiel et pouvoir des autorités nationales, régionales et locales pour organiser le service public et répondre au besoin
  • diversité des besoins et situations (sociale, géographique et culturelle)
  • des principes communs dans l’accès aux services (qualité, sécurité, caractère abordable, égalité de traitement, droit des utilisateurs.

François Taulelle, géographe, a fait état des travaux qu’il mène avec Thibaud COURCEL au sein de cinq territoires (2 collectivités par territoire, avec une faible densité de population). Les enseignements de cette étude soulignent les effets «dévastateurs» de la première révision générale de 2007 (2007-2012) qui a amené une organisation par silos (santé, défense, éducation) et eu des impacts considérables sur la présence des écoles, des services postaux ou de santé et le rapport des citoyens aux administrations. L’étude souligne également les capacités d’innovation des élus locaux, citoyens et associations à proposer des alternatives. Par ailleurs, une modification de la gestion des services est en cours depuis plusieurs années, avec notamment la politique actuelle France Services, qui tends à remettre du service sur des territoires de faible densité.
Il y a donc un réel enjeu de maintien des services en zone ruralité, avec parfois la mise en place d’une communauté villageoise, mobilisée autour de la question des services du quotidien. L’innovation, l’originalité et le lien entre les différents services semblent des clés de réussite.
Désormais, les chercheurs souhaitent pouvoir travailler à une échelle plus large, et mettre en comparaison à une échelle européenne les actions identifiées en France.

L’intervention de Bernard DELCROS, sénateur du Cantal et secrétaire général de l’ANNR, s’inscrit dans le sens des résultats de l’étude précédemment évoqué: «pas qualité de vie sans offre de services». Il souligne la nécessité de prendre en compte le changement dans les modes de vie en ruralité et d’adapter l’accès aux services en conséquence. Par ailleurs, les dynamiques territoriales doivent être combinées et soutenues par un engagement politique au niveau national. Pour le sénateur, l’espace rural a un vrai rôle à jouer pour les défis de la société à venir et les politiques nationales et européennes doivent permettre de soutenir une stratégie de développement durable et adaptée.

Le député européen Eric Andrieux appelle également à reconsidérer les éléments d’évaluation de réussite et de qualité de vie pour mieux servir la ruralité (ne pas s’appuyer uniquement par exemple sur le PIB et prioriser des objectifs et moyens différenciés).
La place de l’ingénierie territoriale, pour accompagner la mise en place de projet dynamique et permettre que les populations soient réellement associées à leur avenir, est primordiale. A cela, s’ajoute également l’enjeu du transfert de bonnes pratiques, initiatives, en donnant les moyens à l’expression de l’intelligence territoriale et à l’adaptation des réponses en fonction des spécificités des territoires.

L’intervention d’Isabel CARVALHAIS, députée européenne et rapporteur du rapport sur la communication de la Commission Européenne sur l’avenir des zones rurales, permet de souligner la nécessité de placer la ruralité et les zones rurales au coeur du débat public. Pour l’instant, les besoins de solutions adaptées en milieu rural ne sont pas correctement pris en compte, le défi est alors majeur pour les décideurs politiques, pour accompagner des stratégies de développement axés sur les besoins spécifiques des communautés rurales.

Le témoignage de Yannick Imbert, directeur des affaires territoirales et publiques du groupe La Poste, met en exergue la nécessaire articulation et mutualisation des services pour continuer à assurer une présence en territoire. Les exemples de la présence du bureau de poste au sein d’un office du Tourisme ou d’un commerce multi-services de proximité prouvent que les formules innovantes permettent de rendre le service à la population, parfois dans de meilleures conditions que si le service était resté isolé.

Marguerite Chaignot (HEPIC) et Pilar Solana (ADESVAL) ont toutes deux témoigné de deux initiatives portées en Espagne, l’une dans le Val d’Aran autour de la création d’un Hub d’Innovation (porté par la collectivité locale), l’autre dans la région Extremadura au sud ouest de l’Espagne concernant un programme Espace Senior (porté par ADESVAL).

Une intervention vidéo d’Elisa Ferreira, commissaire européenne à la commissions et aux réformes, a rappelé que la ruralité est à la fois un défi et une opportunité pour l’Europe, cette dernière pouvant être une opportuinité de co-construire ensemble.
Enfin, la conclusion de Patrice Joly invite à reconnaître les valeurs de la ruralité dans les sociétés d’aujourd’hui et de demain.

Ces échanges et interventions soulignent tous les enjeux à considérer les territoires ruraux dans leurs spécificités, à y développer des initiatives créatives, innovantes et participatives et à faciliter l’essaimage inter-territoire. Les travaux et projets portés par l’ADRETS s’inscrivent pleinement dans ces dynamiques et dans la nécessité de «donner à voir» les initiatives menées, les soutenir durablement et faciliter l’inter-connaissance entre les acteurs et porteurs de services sur les territoires ruraux de montagne.

Le replay sera disponible prochainement sur le site de l’Association Nationale des Nouvelles Ruralités: https://www.les-nouvelles-ruralites.com/